
L’Etat actionnaire cherche la bonne boussole face à la multiplication de ses priorités

Bras séculier de l’Etat actionnaire, l’Agence des participations de l’Etat (APE) a vu son portefeuille retrouver quelques couleurs l’an dernier. Du moins en termes de trajectoire des chiffres d’affaires et des rentabilités nettes pour les 83 entités suivies par l’institution. L’Agence des participations de l’Etat (APE) qui a dévoilé vendredi son rapport d’activité et financier de juillet 2021 à juin 2022, met en avant un résultat net combiné de 8,97 milliards d’euros au titre de l’année civile 2021 pour l’ensemble des entités en portefeuille, contre une perte de 6,84 milliards en 2020. Sur la période, marquée le post-Covid, leur chiffre d’affaires cumulé atteint 140,6 milliards, contre 117,4 milliards.
Cette embellie sera sans doute passagère. En 2022, l’Etat actionnaire paiera le prix des pertes liées à EDF dont les comptes sont attendus rouge vif. L’énergéticien représentait à lui seul au 30 juin 2022 – avant même la nationalisation complète actuellement en cours - pas moins de 30,3% du portefeuille des participations cotées détenues.
Or, sur ce terrain de la valorisation boursière et du taux de rendement actionnarial total, la lecture est moins positive. La valorisation des 11 participations cotées s’inscrit à 64,6 milliards d’euros et est en recul de 5,8% sur les douze mois à fin juin 2022. Cette performance est toutefois légèrement plus favorable que celle du CAC 40 en repli de 9 % sur la période. EDF (-29%), première participation cotée de l’Etat, Safran (-19,4%) ou encore Renault (-30,2%) et Air France-KLM (-45,6%) pèsent. Les bonnes tenues de Thales (+36%), d’Orange (+16,7%) et surtout d’Eramet (+80%) ne compensent pas. Dividendes inclus, le portefeuille coté de l’Etat affiche un tassement contenu à -4,3%, contre -6,2% pour l’indice-phare parisien. Energie et nucléaire, d’une part, et Aéronautique défense, d’autre part, concentrent près de quatre cinquièmes de ce portefeuille coté avec des parts respectives de 50,3% % et 29,2%.
Qui trop embrasse, mal étreint
L’Agence des participations de l’Etat (APE) court-elle trop de lièvres à la fois ? L’institution, rappelle-t-elle, doit à la fois « incarner les intérêts patrimoniaux de l’Etat », « favoriser la performance économique des entreprises, leur rentabilité et leur valorisation sur le long terme », « promouvoir le rôle d’actionnaire avisé », « gérer le portefeuille de participations à travers les opérations d’acquisition, de fusion ou de rapprochement actionnariaux », sans oublier d’« encourager l’exemplarité en matière de rémunération, d’égalité et de RSE ».
Cette ligne de conduite, très large, a été précisée et affinée en 2017 par une doctrine d’intervention autour de « trois axes prioritaires » autour des « entreprises stratégiques qui contribuent à la souveraineté (défense et nucléaire), des entreprises participant à des missions de service public et d’intérêt général national ou local pour lesquelles la régulation serait insuffisante pour préserver les intérêts publics et assurer les missions de service public, et des entreprises en difficulté dont la disparition pourrait entraîner un risque systémique ». Le champ d’intervention est vaste. Il s’est même encore élargi puisque cette doctrine doit désormais « s’apprécier au regard de quatre facteurs supplémentaires que sont le soutien des « entreprises frappées par la crise », la « prise en compte de la souveraineté économique et des besoins liés à la réindustrialisation du pays », « les exigences environnementales » et « la disruption numérique et technologique ».
Mais, qui trop embrasse, mal étreint. Car durant cette période agitée, entre fin de contraintes Covid-19, résurgence de l’inflation du fond de normalisation des politiques monétaires et, bien sûr, guerre en Ukraine, si l’Etat actionnaire a vu ses missions et ses occasions d’intervenir s’élargir, ses moyens financiers à disposition n’ont pas suivi.
L’APE est restée un investisseur net, avec 5,4 milliards d’euros engagés sous forme de prises de participation, d’augmentations de capital et de souscription en quai-fonds propres, quand elle a cédé pour un milliard d’euros. Un tel volontarisme se heurte à l’obstacle de l’absence de ressources propres. En 2021, l’APE a certes perçu 2,08 milliards d’euros de dividendes, dont 916 millions d’euros en numéraire et 1,17 milliards d’euros en titre, mais cette enveloppe est versée au budget général de l’Etat. Dans le projet de loi de Finances 2023, « il n’est pas prévu de cessions », souligne Alexis Zajdenweber, le nouveau commissaire aux participations de l’Etat et directeur général de l’APE.
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