
L’économie française fait preuve de résistance

Même si le climat de forte incertitude qui a marqué 2018 s’améliore avec l’apaisement des tensions commerciales internationales, une plus grande visibilité sur la croissance chinoise et la fin des interrogations liées au Brexit, «les causes du ralentissement pèseraient encore sur l’activité par des effets d’acquis négatifs» en 2019, estime l’'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui présentait mardi ses perspectives mondiales. Le taux de croissance économique de la planète n’atteindrait que 3,1% en 2019 après 3,3% l’an passé, dans le contexte de politiques monétaires pourtant toujours accommodantes, selon le centre de recherche de Sciences Po.
Dans cet environnement, la France devrait faire preuve de résistance, estime l’OFCE qui prévoit une croissance économique de 1,5% cette année, légèrement au-dessus des prévisions officielles, après 1,6% en 2018. Cette prévision, qui pourra être ajustée en fonction des annonces d’Emmanuel Macron à l’issue du Grand débat national, « témoigne des capacités de rebond de l’économie française liées aux mesures de soutien à l’activité », souligne Mathieu Plane, économiste à l’OFCE.
Ce soutien s’est traduit par des mesures socio-fiscales dont certaines prises dans l’urgence au bénéfice des classes moyennes (prime exceptionnelle défiscalisée, prime d’activité, annulation de la hausse de la taxe carbone, baisse de la CSG pour certains retraités, défiscalisation des heures supplémentaires …). Cumulées aux mesures prises antérieurement (diminution de la taxe d’habitation, baisse des cotisations salariés …), ces initiatives se traduisent par 12 milliards d’euros de pouvoir d’achat supplémentaires aux ménages (+2,5%) sur fond de ralentissement de l’inflation (1,3% de hausse attendue de l’indice des prix à la consommation cette année), selon l’OFCE.
«La hausse du pouvoir d’achat devrait représenter 850 euros en moyenne par ménage», précise Mathieu Place. Elle soutiendra la consommation de façon assez dynamique (+1,6% attendu), le taux d’épargne grimpant pour sa part à 15,1%, soit 0,9 point de plus que la moyenne de 2013-2018.
L’investissement paie
Autre bonne nouvelle, l’investissement des entreprises sera lui aussi dynamique par rapport aux autres pays, avec une hausse évaluée à 3% cette année. Les feux sont au vert : les taux d’épargne des entreprises sont élevés, dopant leur capacité d’autofinancement ; la rentabilité du capital productif a augmenté, de même que les taux d’utilisation des capacités de production, et la consommation connaît un rebond.
Concernant la rentabilité du capital productif, Mathieu Place précise que son redressement, sensible à partir de 2015, est le fruit des mesures des transferts fiscaux opérés dans le cadre de la politique d’offre avec le CICE, le pacte de responsabilité, la baisse progressive de l’impôt sur les sociétés. Ces mesures ont été appliquées alors que les taux d’intérêt ont fondu, accentuant l’écart entre la rentabilité du capital productif et le niveau des taux.
En revanche, le commerce extérieur va contribuer négativement cette année en France, après avoir contribué positivement en 2017 et 2018. En cause le supplément d’importation lié au rebond de la consommation. Mais l’OFCE prévoit qu’il restera limité à 25% du supplément de pouvoir d’achat. Autre raison de l’impact négatif du commerce extérieur, le fort ralentissement de la demande mondiale que pourraient amplifier un Brexit sans accord ou un regain des tensions commerciales. Enfin, les fortes livraisons enregistrée fin 2018 risque d’engendrer un contrecoup, prévoit l’OFCE.
Plus d'articles du même thème
-
Les Etats-Unis seront les premières victimes des tarifs douaniers réciproques
L’impact sur la croissance américaine est estimé entre 0,5 et 1 point en 2025, tandis que l’inflation devrait progresser de 1,5 à 2 points. Pour le reste du monde, cela dépendra des mesures de représailles. La guerre commerciale laissera des traces à long terme. -
Les droits de douane de Donald Trump assomment les économies asiatiques
L’usine du monde est particulièrement affectée par la méthode de calcul du président américain. -
L'activité de la zone euro a été un peu meilleure que prévu en mars
Les PMI pour la zone monétaire ont été révisés à la hausse au titre du mois dernier, tirés notamment par l'Allemagne et la France.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
- La Banque Postale débarque le patron de sa banque privée
- A la Société Générale, Slawomir Krupa se prépare à la taylorisation des banques
- La Société Générale prend le risque d'une grève en France fin mars
- Une nouvelle restructuration à la Société Générale ne plairait pas aux investisseurs
- Le CCF a perdu une centaine de millions d’euros l’an dernier
Contenu de nos partenaires
-
Pénuries
En combat air-air, l'aviation de chasse française tiendrait trois jours
Un rapport, rédigé par des aviateurs, pointe les « vulnérabilités significatives » de la France en matière de « supériorité aérienne », décrivant les impasses technologiques, le manque de munitions et les incertitudes sur les programmes d'avenir -
Escalade
L'armée algérienne passe à la dissuasion militaire contre la junte malienne
La relation entre Alger et Bamako ne cesse de se détériorer ces derniers mois alors qu'ex-rebelles et armée malienne s'affrontent à la frontière algérienne -
En panne
Pourquoi les Français n’ont plus envie d’investir dans l’immobilier
L’immobilier était le placement roi, celui que l’on faisait pour préparer sa retraite, celui qui permettait aux classes moyennes de se constituer un patrimoine. Il est tombé de son piédestal. La faute à la conjoncture, à la hausse des taux, à la chute des transactions et à la baisse des prix, mais aussi par choix politique : le placement immobilier a été cloué au pilori par Emmanuel Macron via une fiscalité pesante et une avalanche de normes et d’interdictions