
La Bourse ne laisse plus rien passer

L’indulgence n’existe plus en Bourse. Iliad, Elior ou Eutelsat, pour ne parler que du SBF 120, l’ont constaté la semaine dernière. L’annonce de résultats ou de prévisions inférieures aux attentes a été sanctionnée par des plongeons spectaculaires des cours de Bourse. Longtemps «chouchou» des investisseurs, Iliad a même reçu une claque cinglante : -19,5% en une seule séance. Elior a chuté de 14%. Eutelsat a décroché de 12,8%.
Ces réactions reflètent pour certaines, comme dans le cas d’Iliad ou d’Elior, des déceptions plus profondes qu’un simple écart par rapport au consensus. Mais elles illustrent l’extrême nervosité des investisseurs qui, à la moindre déception, prennent leurs jambes à leur cou. Dans une étude publiée fin avril, alors que 40% des groupes européens avaient publié leurs résultats trimestriels, les stratégistes de Morgan Stanley reconnaissaient d’ailleurs que la réaction de la Bourse aux publications avait été «très faible». Le cours de Bourse des groupes qui avaient annoncé un bénéfice inférieur au consensus avait baissé en moyenne d’un peu plus de 2% le jour même. Et même les publications en ligne ou meilleures que prévu avaient été sanctionnées avec des baisses d’environ 0,5%.
Craintes inflationnistes
L’intransigeance des investisseurs est particulièrement visible aux Etats-Unis, où la saison de publication des résultats est plus avancée qu’en Europe. «La réaction absolue des actions du S&P 500 aux publications de résultats trimestriels a été violente», reconnaissent les économistes d’Aurel Bgc. Selon eux, «il faut remonter à 2009 pour retrouver une telle volatilité sur les publications» (voir graphique).
Pourtant, les résultats sont de bonne facture, notamment aux Etats-Unis où l’effet positif de la réforme fiscale commence à jouer. Alors que 91% des groupes du S&P 500 ont publié leurs comptes trimestriels, FactSet souligne que 78% d’entre eux ont fait mieux que le consensus. Si ce chiffre venait à se confirmer une fois la saison achevée, il s’agirait du meilleur score de la décennie. De même, le consensus de bénéfice est battu de 8,3%, au-dessus des moyennes annuelle (+5,1%) et à cinq ans (+4,3%), appuie FactSet. En Europe, la saison est plus terne. Au 15 mai, 253 groupes du Stoxx 600 avaient publié leurs résultats et 49% d’entre eux étaient meilleurs que prévu, 1 point de moins que la moyenne, recense Thomson Reuters.
Cette sensibilité montre la «nervosité des investisseurs par rapport à la valorisation actuelle du marché boursier américain», explique Aurel Bgc. Car, même si le PER (ratio cours sur bénéfices) du S&P 500 a baissé de 2 points depuis la réforme fiscale américaine, autour de 17 fois, «les investisseurs restent très inquiets sur la croissance des résultats des entreprises, hors cet élément exceptionnel». Les tensions inflationnistes observées ces dernières semaines pourraient se traduire soit par des pressions sur les marges des entreprises, «soit par une inflation plus forte, qui se traduirait par une hausse des taux longs susceptible de peser sur la croissance ces prochains mois», poursuivent les économistes.
Syndrome du point haut
Or, si les marges des entreprises américaines ont véritablement atteint leur pic, cela promet une correction du marché. Les stratégistes de RBC soulignent que les deux derniers pics de marge des entreprises américaines, en 2000 et en 2007, ont été suivis par une correction nette du marché dans la foulée. Ainsi, après que la marge d’exploitation des groupes du S&P 500 eut atteint les 18% fin juin 2007, l’indice américain a perdu 0,4% dans les trois mois suivants, avant de véritablement décrocher par la suite : -8,3% douze mois plus tard et -40% deux ans plus tard.
Ce «syndrome du point haut» comme le surnomme Aurel Bgc risque de durer tant que les entreprises n’auront pas donné plus de garanties sur leurs perspectives de résultats 2018 et 2019. Avec là encore, d’importants risques de déception. «Au moment où les niveaux d’endettement sont élevés et que les rendements obligataires remontent, les marchés actions restent extrêmement optimistes sur les résultats», prévenaient les stratégistes de la Société Générale fin avril. Selon leurs calculs, le marché américain pourrait baisser de 9% à 18% si les résultats des entreprises devaient stagner en 2019 et 2020. Pour le marché français, la correction pourrait approcher les 15%.
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