
Les banques européennes sont toujours sous le coup de la défiance

Dans le cadre d’une réunion organisée par l’European Institute of Financial Regulation (EIFR), Edouard Fernandez-Bollo, qui a été secrétaire général de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) de 2014 à 2019, a dressé un bilan des actions de l’institution à l’aube de ses dix ans d’existence. Celui-ci reste globalement positif, notamment parce que, contrairement au passé, la dernière crise financière n’a pas été suivie d’une période de grande dépression. Cependant, il reste au superviseur français, et aux différents superviseurs européens, encore du chemin à parcourir pour rétablir la confiance dans le système financier.
L’ancien secrétaire général de l’ACPR, nommé au mois de juillet dernier au conseil de surveillance prudentielle de la BCE en charge des grandes banques de la zone euro, souligne en effet un paradoxe : la fragilité du système financier a objectivement diminué, avec des banques qui ont vu leurs fonds propres doubler. Pourtant, la prime de risque des titres du secteur n’a jamais été aussi importante sur les marchés. Et cela est particulièrement vrai pour les banques européennes. Le système bancaire européen n’est pas arrivé à une situation stable et est resté dans un état perpétuel de «sortie de crise», sans jamais en sortir définitivement.
Plusieurs raisons expliquent ce phénomène, selon Edouard Fernandez-Bollo. En premier lieu, «la politique monétaire appliquée par la Banque centrale européenne n’est pas jugée comme soutenable sur le long terme par les acteurs des marchés financiers», constate-t-il. Et si les différentes actions entreprises par la BCE ont effectivement abaissé le coût du risque, elles ont aussi créé des situations difficiles à gérer - comme l’aplatissement de la courbe des taux - pour les différents acteurs du système. Sans compter que nul ne sait aujourd’hui exactement comment se passera le retour à davantage de normalité.
Ensuite, les effets de l’innovation sont encore mal mesurés. «L’émergence des fintech, et plus encore des géants du secteur de la technologie dans la sphère financière, peut susciter des interrogations», note Edouard Fernandez-Bollo. Si pour beaucoup de fintech l’objectif principal est de se faire racheter par des banques ou des sociétés financières existantes, les grandes entreprises technologiques n’ont pas cette vision. Elles comptent investir de plain-pied le secteur, même si elles peuvent parfois se méfier d’entrer dans un environnement aussi réglementé que la finance.
Enfin, malgré les mutations qu’ont connues les banques, et les efforts qu’elles ont dû faire pour solidifier leurs bilans, il n’est jamais certain que les mécanismes mis en place fonctionnent correctement si une nouvelle crise financière devait avoir lieu.
Edouard Fernandez-Bollo s’exprimait à titre personnel, et pas au nom d’une institution. Cela étant, il préconise tout de même «une stabilisation des réformes réglementaires au niveau européen». En clair, il estime que le cadre réglementaire international est suffisant et qu’il n’est, pour l’heure, pas nécessaire d’aller plus loin. Il considère aussi que «si les régulateurs doivent rester très clairs dans leurs principes généraux, il serait très mauvais de rigidifier leur fonctionnement». Le superviseur doit se baser sur son jugement, et développer une approche par les risques plutôt que par les règles. Une manière de faire qui a d’ores et déjà essaimé en Europe et qui sera portée par Edouard Fernandez-Bollo dans ses nouvelles fonctions.
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