
Les assureurs pressent l’Europe de réviser Solvabilité 2

La 8e conférence internationale de l’assurance, qui s’est tenue à Paris vendredi, a donné l’occasion à la profession de présenter ses doléances aux régulateurs. Principaux reproches : le manque de simplicité et d’adaptabilité de la réforme Solvabilité 2.
«Nous sommes pris dans un effet ciseau entre le contexte prolongé de taux bas pesant sur nos marges et l’augmentation des besoins en capital», a expliqué Stéphane Dedeyan, directeur général délégué de Generali France. Le dirigeant ne voit qu’une solution : convaincre les clients d’accepter une hausse des prix grâce à une ultra-personnalisation. «Or, l’évolution réglementaire pousse à la standardisation, à la comparabilité absolue», a-t-il déploré.
D’autant que les avantages attendus de cette harmonisation ne sont pas forcément au rendez-vous, a souligné Thomas Buberl, directeur général du groupe Axa : «en théorie Solvabilité 2 devrait nous permettre de faire notre reporting d’une seule manière uniformisée, et les régulateurs devraient se faire confiance entre eux, a-t-il dit. Mais ce n’est pas le cas».
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau a reconnu des «éventuels effets dissuasifs de Solvabilité 2 sur les actions, les prêts aux PME-ETI, les actifs verts et les investissements auprès des entreprises innovantes». «Le régime est aussi plus volatil que le précédent, a-t-il concédé. Il conviendra de proposer des amendements». Le ministre des Finances Michel Sapin a souhaité que Solvabilité 2 puisse «mieux prendre en compte les singularités». «Nous pouvons probablement faire mieux sur les intérêts négatifs, les garanties à long terme, et l’ajustement à la volatilité», a renchéri Gabriel Bernardino, président de l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA). Il a toutefois appelé à la patience avant les révisions du cadre réglementaire, en 2018 et 2021.
Un sujet a été plus consensuel : le règlement européen Priips sur les produits d'épargne. Ses décrets d’application ont été rejetés à 602 voix contre 4 au Parlement européen le 14 septembre dernier. Les assureurs ont demandé un report d’application «d’au moins un an, jusqu’en janvier 2018», indique Bernard Spitz, président de la Fédération française de l’assurance. «Notre mission - standardiser l’information pour tous les types de produits - était impossible, mais c’est le mandat qu’on nous avait donné», a lâché Gabriel Bernardino.
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