
Crédit Agricole SA fait preuve d’imagination pour muscler son capital
L’imagination est au pouvoir dans les directions financières des banques. Après la Société Générale, qui a émis des titres tier 1 considérés comme des fonds propres sous les nouvelles règles Bâle 3, Crédit Agricole SA fait depuis hier et jusqu’à jeudi la tournée des investisseurs pour vendre à son tour des instruments de capital contingent.
La banque verte a cependant choisi d’autres options, qui illustrent la diversité des structures parfois abusivement résumées sous le nom de CoCo (contingent convertible capital). Les titres diffèrent d’abord par leur nature: de maturité 2033 mais appelables dès 2018 et considérés comme du tier 2, ils verraient leur valeur réduite à zéro, sans espoir de retour à meilleure fortune, si la solvabilité du groupe passait sous un certain niveau. Deuxième caractéristique, ce seuil de déclenchement est élevé (7%, contre 5,125% pour les titres Société Générale), donc plus risqué pour les investisseurs.
La subtilité est ailleurs. Crédit Agricole SA émet les titres pour renforcer son capital, mais c’est le ratio de solvabilité du groupe, intégrant les caisses régionales à 100%, qui sert de référence. «C’est important car le groupe Crédit Agricole publie actuellement des ratios de capital bien meilleurs que ceux de CASA», notent les analystes de CreditSights. A fin juin, le groupe affichait un ratio common equity tier 1 (CET1) de 11,3% en normes Bâle 2.5 et de 10% en Bâle 3, ce qui laisse une marge appréciable par rapport au seuil de déclenchement de 7%. Le CET1 en normes Bâle 2.5 de CASA n’atteignait que 8,6% à la même date.
L’organe central de la banque verte devrait cependant bientôt réduire l’écart de solvabilité avec le groupe. Pénalisé par le poids de ses participations dans les filiales d’assurance Predica et Pacifica, pondérées depuis cette année dans ses encours, CASA cherche à transférer aux caisses régionales ce risque prudentiel, sur le modèle de la garantie interne «Switch» mise en place fin 2011 pour remplacer des titres hybrides qui n’étaient plus pris en compte sous Bâle 3.
Après discussion avec l’Autorité de contrôle prudentiel, ce «Switch 2» prendra effet le 1er janvier 2014. La banque n’en précise pas encore l’ampleur. «Nous en attendons une baisse de 35 milliards d’euros des actifs pondérés du risque de CASA, avec une amélioration de 40 à 50 pb du ratio core tier one», estimaient début août les analystes de JPMorgan.
Plus d'articles du même thème
-
PARTENARIAT
Apprendre à désapprendre : les limites du savoir
L’illusion de la connaissance et comment surmonter les limites de l’apprentissage -
PARTENARIAT
Investissement : Quand la simplicité devient un piège
Pourquoi la simplicité n’est pas toujours la meilleure solution
ETF à la Une
- La Banque Postale débarque le patron de sa banque privée
- A la Société Générale, Slawomir Krupa se prépare à la taylorisation des banques
- La Société Générale prend le risque d'une grève en France fin mars
- Une nouvelle restructuration à la Société Générale ne plairait pas aux investisseurs
- Le CCF a perdu une centaine de millions d’euros l’an dernier
Contenu de nos partenaires
-
Pénuries
En combat air-air, l'aviation de chasse française tiendrait trois jours
Un rapport, rédigé par des aviateurs, pointe les « vulnérabilités significatives » de la France en matière de « supériorité aérienne », décrivant les impasses technologiques, le manque de munitions et les incertitudes sur les programmes d'avenir -
Escalade
L'armée algérienne passe à la dissuasion militaire contre la junte malienne
La relation entre Alger et Bamako ne cesse de se détériorer ces derniers mois alors qu'ex-rebelles et armée malienne s'affrontent à la frontière algérienne -
En panne
Pourquoi les Français n’ont plus envie d’investir dans l’immobilier
L’immobilier était le placement roi, celui que l’on faisait pour préparer sa retraite, celui qui permettait aux classes moyennes de se constituer un patrimoine. Il est tombé de son piédestal. La faute à la conjoncture, à la hausse des taux, à la chute des transactions et à la baisse des prix, mais aussi par choix politique : le placement immobilier a été cloué au pilori par Emmanuel Macron via une fiscalité pesante et une avalanche de normes et d’interdictions