Alors que le premier tour de l'élection présidentielle française se tiendra dimanche prochain 23 avril, NewsManagers vous délivre quelques commentaires de la part des grandes sociétés de gestion sur l’impact que pourraient avoir ces élections. Si la victoire des partis extrêmes correspond à la plus grande crainte des marchés financiers, il ne fait pas partie des scénarios centraux de la majorité des gérants. Ces derniers notent surtout la bonne tenue des résultats des entreprises européennes et espèrent un retour aux fondamentaux, une fois les élections passées.1/ OFI AM : Jean-Marie Mercadal, directeur général délégué en charge des gestions (27 mars)"De façon générale, s’il n’y avait pas ce calendrier électoral chargé, les actions européennes seraient à des niveaux plus élevées"-"Sur une éventuelle victoire de Marine Le Pen aux élections françaises, la réaction des marchés se ferait en deux temps : Après le deuxième tour de l’élection présidentielle, et avant les législatives, une onde de choc soudaine mais sûrement limitée par la perspective des élections à suivre. Les ordres de grandeur sont difficiles à estimer mais d’après ce que nous avons pu recueillir auprès de différents économistes, nous pouvons estimer que le spread France/Allemagne pourrait s’écarter instantanément dans une fourchette de 200/300 pb, avec une contagion naturelle sur les autres pays périphériques. La bourse de Paris pourrait reculer de l’ordre de 20 % et le dollar s’apprécier de plusieurs figures, au moins jusqu’à la parité. Si nous sommes convaincus qu’il n’y aura pas ensuite de majorité à l’Assemblée Nationale, il convient d’en tirer parti et d’acheter. Mais, en deuxième temps, si jamais la nouvelle présidence réussit ensuite à obtenir une majorité législative, les conséquences seraient alors beaucoup plus sérieuses et également instantanées sur les marchés, même si au final le processus de sortie de l’euro ne se matérialise pas avant plusieurs années, voire pas du tout. Dans ce cas de figure, il n’y a plus de limite et des niveaux de 500 pb de spread avec l’Allemagne seraient envisageables, assortis d’une chute boursière de plus de 25 %, d’une envolée du dollar et de l’or, avec des conséquences pour tous les marchés européens et mondiaux, et surtout périphériques. Dans un tel scénario, les comptes d’épargne seraient bloqués pour éviter une fuite des capitaux, une crise de liquidités affecterait les actifs financiers du pays, et donc les banques…"2/ Banque privée JP Morgan France: Vincent Izrael, responsable de l'équipe investissements» Les sondages récents montrent que seulement la moitié des citoyens européens ont une opinion favorable sur l’UE et que moins d’un tiers sont partisans de davantage d’intégration, mais les prochaines élections en Allemagne et en France représentent une opportunité pour les dirigeants européens. Le maintien de la cohésion de l’UE à l’issue des élections sera sans doute un signe encourageant pour les investisseurs. (...) Le climat étant actuellement très négatif, toute amélioration des perspectives de la région pourrait avoir un impact notable et conduire à des investissements et une hausse des prix des actifs"3/ Syz AM : Hartwig Kos, Deputy chief investment officer, co-head of multi-asset (10 avril 2017)"Le fait que le parti anti-UE de Geert Wilders (aux élections législatives des Pays-Bas) ait échoué à obtenir suffisamment de suffrages pour prendre le contrôle aux Pays-Bas est clairement un événement positif. Néanmoins, le résultat de ce scrutin ne permet pas de tirer des conclusions en ce qui concerne l’issue de l’élection présidentielle en France. Nous pensons que cette dernière pourrait bien constituer le point d’entrée pour revenir sur les marchés actions (en particulier sur les marchés européens), mais il est encore trop tôt pour contempler cette perspective». 4/ Amundi : Philippe Ithurbide, directeur de la recherche, stratégie et analyse (rédigé le 31 mars 2017)"Les élections européennes ont de quoi étonner. Au total, les partis populistes n’ont jusqu’ici pas été en mesure de remporter les élections, pas plus en Espagne, qu’aux Pays-Bas, qu’en Autriche… Et en France, cela sera très vraisemblablement le cas : le Front National, que tous les investisseurs redoutent, plafonne dans les sondages et est donné largement perdant contre le candidat Macron. Plus encore, jamais l’Allemagne n’aura eu comme candidats au poste de Chancelier deux personnes aussi fortement pro-européennes, et l’on ne parle plus du parti d’extrême droite et des partis populistes, marginaux à ce stade. Et cerise sur le gâteau, ou ironie de l’histoire, ce n’est finalement pas en Europe que les partis populistes ont gagné les élections, mais bien dans les pays anglo-saxons : les pro-Brexit au Royaume Uni (hors Écosse et Irlande du Nord), et Donald Trump aux États-Unis. Cela fait penser aux périodes où les déficits budgétaires européens de 4 ou 5 % étaient ardemment commentés et critiqués par des ressortissants de pays à déficits proches de 10 % (États-Unis, Royaume Uni ou Japon en tête) ! (…) Les actions européennes retrouvent de l’intérêt si les perspectives des élections s’éclaircissent, ce que nous croyons. De nombreux investisseurs, notamment étrangers, ont décidé de rester à l’écart compte tenu des incertitudes liées à l’élection. Quand ces incertitudes se seront dissipées, resteront des primes de risque qui seront jugées excessives… et qu’il faudra saisir. Ne pas tarder».5/ Pictet AM : Baromètre du mois d’avril"Nous serions plus optimistes encore (sur les actions européennes que nous surpondérons) sans la perspective de l’élection présidentielle à venir en France. Les investisseurs nous paraissent en effet trop confiants quant au résultat du scrutin, sous-estimant la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen. Et même un bon score de la candidate du Front national au premier tour pourrait secouer les marchés. «6/ Fidelity : Convictions d’investissements du deuxième trimestre sur le marché obligataire (13 avril 2017)"La politique en Europe est de nouveau au centre de l’attention ; les investisseurs évaluent avec nervosité la probabilité d’une victoire du Front National à l’élection présidentielle française. Toutefois, selon notre scénario central, une victoire de la candidate est peu probable dans la mesure où le système électoral à deux tours français représente un considérable obstacle pour elle. La BCE va continuer de jouer un rôle actif sur le marché en limitant toute répercussion de la sphère politique sur les emprunts d’État susceptible de compromettre son mécanisme de transmission monétaire. Nous préférons voir au-delà de la volatilité et de l’élargissement des spreads à court terme et nous nous montrons positifs à l’égard des emprunts d’État français et, plus globalement, de la dette des pays périphériques de la zone euro». 7/First State Investments : «Election Insight - France 2017" "- Notre scénario de base est que le candidat centriste Emmanuel Macron remportera la présidence mais que pour faire passer ses réformes législatives, il devra probablement «cohabiter» avec un autre parti ou d’autres partis à l’Assemblée nationale.- Si Emmanuel Macron peut former une coalition majoritaire, son programme de politique économique devrait permettre de mettre en œuvre les réformes structurelles indispensables dont a besoin l'économie française en difficulté, notamment dans les domaines clés de la réforme du marché du travail et de la concurrence.- Dans l’hypothèse d’une victoire d’Emmanuel Macron ou du candidat de la droite centriste François Fillon, nous nous attendons à des dégagements sur les obligations d’Etat et à un mouvement de hausse sur les actifs risqués européens, la perspective d’une sortie de la France de l’Union européenne (ou «Frexit») se dissipant».