L’avenir se présente sous de meilleurs auspices pour l’industrie des hedge funds. Tel est le constat établit par les professionnels du secteur réunis à Genève, ce 28 mars, dans le cadre du Syz Hedge Fund Summit. Au cours des dernières années, ces stratégies alternatives ont pourtant perdu de leur superbe, pénalisées par les politiques accommodantes des banques centrales et des taux d’intérêt historiquement bas d’une part et, de l’autre, des performances globales décevantes. La normalisation monétaire actuellement à l’œuvre, marquée par la remontée progressive des taux d’intérêts, devrait désormais constituer des conditions nettement plus favorables. « Alors que les taux d’intérêt repartent à la hausse, l’environnement est aujourd’hui plus positif pour les hedge funds, a ainsi indiqué Eric Syz, président exécutif de la banque Syz, organisatrice de l’événement. Nous allons assister à un retour de ce type d’investissement dans les portefeuilles et ces stratégies vont devenir plus attractives au cours des mois et des années à venir. »Les stratégies « global macro » devraient être les premières à bénéficier de ce nouvel environnement, conduisant les investisseurs à se concentrer davantage sur les fondamentaux. « Plusieurs éléments montrent que la répression financière des dernières années arrive à son terme, a ainsi jugé Andrew Bound, « managing director » chez Tudor. Les stratégies « global macro » peuvent tirer profit de ces tendances actuelles. » A ce titre, le changement de braquet de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui vient récemment de remonter ses taux constitue un signal d’autant plus positif pour les investisseurs que cette hausse des taux a été bien absorbée par les marchés. Selon Andrew Bound, la Fed devrait donc poursuivre sa politique de normalisation, le gérant tablant sur 3 à 4 hausses en 2017, puis un rythme similaire en 2018. Le professionnel a également mis en exergue la reprise économique en Europe qui s’avère « plus solide qu’attendue ». « Il devrait y avoir potentiellement des flux significatifs sur les actions européennes et les obligations périphériques européennes », a estimé Andrew Bound. Le gérant est actuellement long sur le dollar américain et les actions européennes et court (« short ») sur l’euro et l’obligataire européen. « Ces positions devraient générer de bons retours et de bonnes performances vu le contexte macro-économique et financier actuel », a jugé Andrew Bond.Sur le marché du crédit européen, Emmanuel Weyd, directeur des investissements crédit chez Eiffel Investment Group, estime pour sa part que « les fondamentaux sont clairement bons et solides ». « Cela fait très longtemps que le contexte macro-économique en Europe n’a pas été aussi favorable », a-t-il ajouté. Emmanuel Weyd a également tenu à mettre en lumière la solidité retrouvée du secteur bancaire européen, dont « la solvabilité n’a jamais été aussi bonne et solide » d’un point de vue du crédit. L’intéressé a toutefois reconnu qu’il regardait avec vigilance l’écart de performance (« gap yield ») entre la dette high yield américaine et la dette high yield européenne. « Cet écart est très important à surveiller d’autant le différentiel se trouve à 250 points de base, ce qui provoque une rotation vers le marché américain », a-t-il expliqué. Autre élément mis en exergue, et pas des moindres : les achats massifs de dette d’entreprises de la part de Banque centrale européenne, source « de grandes rotations des portefeuilles ». « Cette politique doit arriver à son terme, même si on ne sait pas quand, a reconnu Emmanuel Weyd. Il faudra donc être prudent lorsque la banque centrale se retirera du marché. Cette incertitude est un gros nuage noir sur le marché du crédit européen. » Le professionnel a toutefois souligné la forte dispersion qui existe sur le marché du high yield européen, une dispersion qui peut être un facteur positif pour les stratégies de hedge funds. Sur le terrain des actions européennes, les stratégies long/short et long only devraient également tirer leur épingle du jeu du nouveau contexte économique et financier. « La reprise économique est bien présente en Europe et les données macro-économiques actuelles sont positives », a jugé Guillaume Rambourg, fondateur et directeur des investissements de Verrazzano Capital. En outre, les perspectives de bénéfices des entreprises européennes sont globalement très positives. « Surtout, on constate une faible corrélation entre les valeurs, ce qui constitue un environnement attractif pour les hedge funds, a avancé Guillaume Rambourg. Les bons stock-pickers devraient donc être récompensés dans un tel environnement. Ce contexte devrait favoriser les stratégies long/short qui recherchent de l’alpha à travers la sélection de valeurs basées sur la recherche fondamentale. » Autre facteur à prendre en considération : la direction des flux. « Les flux ont quitté les actions européennes ces derniers mois, avec notamment 42 semaines consécutives de sorties nettes en 2016, a rappelé Guillaume Rambourg. C’est lié au fait que, dans un contexte marqué par le Brexit, les investisseurs américains ne comprennent plus l’Europe. Cependant, les flux reviennent aujourd’hui. »Ce bel optimisme pourrait également être porté par les résultats des futures élections présidentielles en France. Tous les investisseurs réunis considèrent en effet qu’une victoire de Marine Le Pen n’est pas le scénario central, malgré les craintes d’investisseurs anglo-saxons. A l’inverse, une victoire d’Emmanuel Macron ou de François Fillon « pourrait être un catalyseur pour les flux vers les actions européennes, en particulier en provenance des investisseurs américains et asiatiques », a avancé Guillaume Rambourg.