La popularité croissante des ETF n’est pas contestable. Non plus que les projections souvent très impressionnantes sur leur avenir radieux, appuyées par l'évolution de ces dernières années. Et force est de reconnaître que l’environnement de taux bas, la recherche de rendement sans risque, la liquidité et les performances des trackers par rapport à leurs références gérées activement ont plaidé pour la poursuite de leur développement. D’autant plus que les ETF investissent de nouveaux espaces. «Le développement des ETF est très lié au développement de la théorie financière. Et le développement de la théorie financière est influencé par la technologie, le machine learning, le big data. La recherche récente montre qu’il existe désormais de nouveaux moyens de battre les indices. Dans le domaine de l’allocation, il existe désormais un nouvel espace dans l’univers qui va de la gestion active à la gestion passive, c’est le smart beta. Le smart beta qui utilise des outils quantitatifs et par exemple les facteurs et qui se rapproche de ce fait de la gestion active», a ainsi expliqué Marlène Hassine-Konqué, responsable de la recherche sur les ETF chez Lyxor Asset Management, les 21 et 22 mars à Luxembourg, à l’occasion du traditionnel séminaire de printemps de l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement (ALFI). La gestion passive n’est donc plus ce qu’elle était à l’origine et peut désormais se teinter d’une dose de gestion active. Une poursuite de la croissance exponentielle des encours de gestion passive poserait de toute façon un nouveau défi, celui de la formation de prix, de plus en plus périlleuse si la part de gestion active devait se réduire comme peau de chagrin. Les gestionnaires actifs, plus ou moins sous la contrainte, ont donc décidé de se remettre en question. «La renaissance est déjà bien avancée. Beaucoup de gérants actifs ont été trop passifs. Nous travaillons beaucoup pour changer les choses. Nous avons par exemple engagé des travaux sur l’intelligence artificielle en recrutant des experts de Google et d’Amazon», a indiqué Carlos von Hardenberg, senior vice president et managing director au sein Templeton Emerging Markets Group. Mais pour tout de suite nuancer son propos et souligner qu’"aucun algorithme ne peut remplacer l'être humain. L’intelligence artificielle peut nous être très utile mais le jugement humain est ce qui donne à notre activité toute sa légitimité». Les gestionnaires se sont attaqués également à la méthodologie de construction des indices souvent biaisés, à l’instar des indices émergents dont certains donnent beaucoup trop de poids à la Chine. Les gestionnaires accordent aussi beaucoup plus de place à l’engagement dans leur approche de l’entreprise. Une approche d’autant plus justifiée que «l’investissement est un jeu de long terme», relève Marlène Hassine-Konqué. «Il y a encore beaucoup de place pour la gestion active», a estimé de son côté Rutger van Asselt, associé au sein du cabinet de conseil néerlandais Sprenkels en Verschuren, responsable du conseil et de l’investissement auprès des fonds de pension et assureurs néerlandais. Rutger van Asselt rappelle le biais souvent évoqué des indices obligataires qui donnent trop de poids aux souverains les plus endettés et indique que les fonds de pension n’hésitent plus trop à s’exposer au private equity ou aux infrastructures, compte tenu de leur approche de long terme qui atténue le caractère illiquide de ces actifs. Cela dit, il ne faut pas non plus exagérer le rôle de la gestion passive. «La gestion passive, et il en existe de multiples définitions, n’est qu’un outil au service du gérant actif et non un objectif», a lancé Xavier Lépine, président de La Française. De son côté Peter Branner, directeur général de SEB Investment Management, a souligné l’engagement du groupe suédois en faveur de la gestion active. «Nous publions désormais tous les mois la part active de chacun de nos produits. Nous sommes par définition actifs», a-t-il souligné. Amine Rajan, directeur général et fondateur de Create-Research, un cabinet de recherche basé à Londres et spécialisé dans la gestion d’actifs, relève pour sa part les travers de la gestion passive qui a tendance à accentuer les mouvements de marché et qui obéit aussi à une dynamique cyclique. «On n’a jamais vu une hausse durer indéfiniment», estime Amine Rajan qui se dit persuadé que les avancées technologiques vont brouiller les lignes entre gestion passive et gestion active. «Sous l’influence de l’intelligence artificielle et du machine learning, l’investissement à l’aide des facteurs va changer les contours de l’industrie de la gestion d’actifs», affirme-t-il. La transformation digitale sera bien l’un des enjeux des prochaines années...