La confiance est de retour de façon spectaculaire sur les marchés boursiers et de taux français. L'éloignement du spectre d’un duel final entre deux opposants à l’Europe a soulagé les investisseurs, particulièrement pour les valeurs bancaires. Les commentaires des sociétés de gestion dont NewsManagers vous livre quelques extraits, laissent à penser que plus d’un gérant ose prendre le pari d’une victoire du centriste Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, alors que le deuxième tour aura lieu dans près de deux semaines. Franck Dixmier, directeur des gestions obligataires d’AllianzGI- Nous ne sommes pas surpris de la réaction positive des marchés à la sous- performance des candidats europhobes, mais nous devons néanmoins nous interroger sur la pérennité de cette nouvelle appétence pour la prise de risque. - Le rendez-vous le plus important se situera en juin prochain, lors des élections législatives : avec quelle majorité Macron, élu président, pourra-t-il gouverner ? - A partir du résultat des élections législatives, nous pourrons donc nous positionner d’une façon plus agressive - ou pas - sur les actifs risqués. Si la prime de risque «France» venait à s'évaporer, c’est l’ensemble des spreads en zone euro qui en bénéficierait et, à part des risques géopolitiques encore prégnants, rien ne s’opposerait plus à la correction de la sur-évaluation du Bund. Hartwig Kos, CIO adjoint et directeur adjoint de l'équipe Multi-Asset chez Syz Asset Management - Nous avons commencé à repositionner nos portefeuilles dans une position plus favorable au risque, en reconnaissant le fait que les risques politiques soient devenus moins importants qu’avant. Pourtant, nous avons gardé nos protections intactes : après tout, la principale caractéristique de ce que l’on appelle un «tail risk» est d'être inattendu. Jean-Jacques Friedman, directeur des Investissements de Vega IM- Sur les marchés financiers, les arbitrages en faveur des actifs non risqués vont se déboucler. Cela entraine la réduction du spread France Allemagne, une baisse du dollar et du yen (valeurs « refuge ») et une reprise de la tendance haussière sur les indices actions. En effet, le marché devrait se recentrer sur les perspectives des bénéfices par action des entreprises européennes. Une excellente nouvelle puisque pour la 1ère fois depuis la crise de 2008, les analystes ne révisent pas à la baisse les résultats au fur et à mesure du déroulement de l’année, mais au contraire confirment, et même révisent à la hausse, leurs prévisions. Elles se situent dorénavant sur des niveaux entre 12 % à 15 % pour 2017. - Les actions européennes seront surpondérées dans beaucoup de portefeuilles internationaux, et la France, qui avait subi des dégagements en faveur des actions zone euro, opère dès l’ouverture de la Bourse ce lundi, un rattrapage par rapport aux autres pays européens. Néanmoins, il convient de noter que peu de flux sont en réalité engagés ce matin, et beaucoup d’investisseurs espèrent sans doute une consolidation pour revenir sur les marchés européens : ces derniers gagnent déjà depuis le début d’année entre 8 % pour l’Euro Stoxx et le CAC 40 et 14 % pour l’Ibex. En termes de thématiques, ce sont les financières, bénéficiant de la réduction de la prime de risque, et les valeurs industrielles, qui pourraient tirer parti de la baisse du coût du travail, qui surperforment les indices Morgane Delledonne, Fixed Income Strategist chez ETF Securities Alors qu’il est presque certain que Marine Le Pen n’obtiendra pas de majorité, la façon dont Emmanuel Macron peut y parvenir sans l’aide des partis socialistes et républicains n’est toujours pas claire. L’incertitude entourant la capacité de Macron à obtenir une majorité de sièges au Parlement pour passer ses réformes continuera de peser sur le spread des obligations gouvernementales entre la France et l’Allemagne pendant encore les six prochaines semaines. Equipe de gestion d’Aviva Investors France - Le résultat du premier tour est en ligne avec le scénario central d’Aviva Investors France. Nos allocations devraient profiter des mouvements de marché favorables aux actifs risqués. - Nous continuons de surpondérer les actions de la zone euro qui nous paraissent plus attractives que les actions US en termes de valorisation. Nous privilégions les valeurs exposées au cycle économique. Notre stratégie actions comprend notamment des positions longues sur les banques européennes, qui devraient bénéficier d’un environnement de taux plus élevés. Nous sommes également positifs sur les actions des marchés émergents, qui devraient tirer profit de la reprise économique mondiale, dans un contexte de ralentissement maîtrisé de la croissance chinoise. - Nous restons sous-pondérés sur la dette souveraine allemande et globalement neutres sur les dettes « semi-cœur ». Nicolas Forest, directeur de la gestion obligataire chez Candriam, - (La victoire d’Emmanuel Macron), c’est aussi la victoire du libéralisme. À travers ses réformes des retraites, du marché du travail ou de la fonction publique Emmanuel Macron devrait contribuer à davantage de flexibilité tout en ménageant le déficit français. Le spread OAT BUND pourrait donc continuer à se resserrer davantage et retrouver son niveau préélectoral. Les investisseurs asiatiques devraient ainsi revenir sur la dette française largement délaissée depuis le début d’année face aux risques Le Pen et Mélenchon. - Dans ce contexte, Mario Draghi a désormais le champ libre pour adapter progressivement sa communication dès le comité de juin en dégageant les principales pistes pour ralentir ses achats mensuels. Aucun changement n’est à attendre cette semaine mais les divergences récentes au sein de la BCE plaident pour l’annonce d’une réduction des achats. La semaine passée 60% des économistes s’attendaient à une annonce dans ce sens en septembre alors que seulement 50% anticipaient une possible remontée du taux de dépôt au troisième trimestre 2018. Une victoire de Macron laisse le champ à davantage de resserrement qu’anticipé. Et même si Mario Draghi veut l'éviter nous pensons que cela devrait renchérir la devise européenne et amener les taux allemands à remonter progressivement.