C’était il y a dix ans mais les propos gardent leur piquant. En décembre 2012, sur les rives du lac Léman, Jean-Luc Godard (photo), décédé le 13 septembre dernier, accueillait dans sa maison de Rolle le magazine suisse Bilan pour causer économie. Ça canarde entre deux bouffées de cigare ! « Les économistes ? Il faut les fusiller », dégaine le cinéaste franco-suisse. En général, ils « n’écrivent pas bien. Ils ne vont pas sur le terrain, comme je continue à le faire ». « Parfois, il y en a bien un qui peut dire des choses intéressantes, comme Stiglitz, mais c’est rare », poursuit-il. Quelques rafales, encore, à destination de ceux qui « ne prennent pas la parole au sens profond de Freud. Ils peignent la réalité d’une façon détériorée. Ceci est une chaise : mais ensuite, il faut Van Gogh pour peindre une chaise ». Un cas désespéré, vraiment, puisque « contrairement aux scientifiques, [les économistes] ne regardent rien ! Ce sont des gens de ‘lettres’, pas de ‘l’être’. Etre a disparu au profit d’avoir ». Bref, « ils auraient tout à apprendre de l’industrie du cinéma ». Et de Jean-Luc Godard en particulier sans doute.