Les marchés sont désormais complètement obnubilés par les élections américaines qui auront lieu mardi prochain. Et comme les derniers sondages suggéraient que la candidate Hillary Clinton perdait son avance, beaucoup de gérants et de traders semblent se dire qu’il vaut mieux attendre et prendre ses profits. D’où des marchés plutôt baissiers ces derniers jours. Dans ce contexte d’attentisme, les spécialistes de la gestion s’interrogent depuis plusieurs semaines sur l’impact de ces élections. Sans du tout prétendre à l’exhaustivité, Newsmanagers vous propose ci-après quelques points de vue de gestionnaires d’actifs et les probables impacts de ces élections sur les marchés.- Mark Burgess, CIO EMOA et Responsable marchés actions de Columbia Threadneedle Investments:«Aux Etats-Unis, les élections présidentielles se rapprochent à grands pas et les deux partis semblent, d’un point de vue historique, particulièrement friands de mesures budgétaires. Celles-ci ne devraient cependant pas se concrétiser à court terme compte tenu de la polarisation actuellement observée sur le front politique, exacerbée par une campagne électorale pour le moins clivante et fort susceptible de donner naissance à un gouvernement divisé, quel qu’en soit le vainqueur. (…)Quelle qu’en soit l’issue, l’histoire nous montre que l’entrée en fonction d’un nouveau président s’accompagne généralement d’une forte correction des actions, mais que le marché ne tarde pas à retrouver le statu quo. Il est toutefois préoccupant de constater que les marchés et la volatilité ne semblent pas intégrer l’hypothèse d’une victoire de Donald Trump, ce qui pourrait constituer un risque si ce dernier venait à l’emporter contre toute attente.- Matt Christensen, responsable mondial de l’investissement responsable chez AXA Investment Managers :«Alors que l’investissement responsable est une tendance de long terme, le résultat des élections américaines peut avoir un impact potentiel positif ou négatif à court terme sur l’évolution du secteur de l’investissement responsable. (…) Dans une perspective réglementaire, si Hillary Clinton devait être élue, elle devrait poursuivre les travaux engagés par le président Obama. (…) Si, au contraire Donald Trump était élu, nous estimons que l’évolution du secteur de l’investissement responsable pourrait enregistrer un sérieux coup de frein, l’une de ses promesses étant de d’annuler les accords de Paris et le plan d’action américain sur le climat. (…) Toutefois, même si l’élection de Donald Trump ne ferait pas beaucoup avancer la cause de l’investissement durable dans le monde, la tendance est là pour durer et ne serait pas autrement perturbée à long terme par les politiques mises en œuvre dans le cadre d’une présidence Trump».- Didier Borowski, responsable de la macroéconomie, Amundi, et Phlippe Ithurbide, directeur Recherche, Stratégie et Analyse, Amundi :«Quelle que soit l’issue pour la Maison Blanche, l’impact économique dépendra grandement de la couleur du Congrès! (…) A l’heure actuelle, les républicains contrôlent la Chambre des représentants (246 sièges sur 435), et le Sénat (54 sièges sur 100). Le 8 novembre, auront également lieu les élections pour tous les sièges à la Chambre des représentants et 34 sièges au sénat, et il est possible que les démocrates reprennent le contrôle du Sénat. En effet, parmi les 34 sièges à pourvoir, 24 sont actuellement détenus par les républicains».- Antoine Lesné, directeur EMEA, recherche et stratégie SPDR ETF :Santé: vers une baisse imminente du prix des médicaments?«Pour le marché, il est clair que l'élection de Clinton aurait une incidence négative sur les sociétés pharmaceutiques et les biotechs. La candidate démocrate a en effet promis de sévir face aux prix abusifs pratiqués par les sociétés pharmaceutiques et a lancé l’idée de plafonner les coûts des médicaments prescrits. Cela pourrait avoir un impact sur le secteur pharmaceutique, soumis à une certaine pression depuis le tweet concernant les prix abusifs publié par Clinton en septembre 2015- qui avait à l’époque provoqué une chute de plus de 4% des cours!En revanche, l'élection de Clinton pourrait avoir des conséquences positives pour les assureurs, les hôpitaux et les établissements de retraite. Dans son programme, la candidate affirme son intention de continuer à défendre l’Affordable Care Act (ACA), développer le programme Medicaid et accroître les investissements dans le domaine de la santé publique.Pour sa part, Trump ne s’est pas engagé à contenir les prix des médicaments. Il s’agit donc peut-être d’un aspect de la santé que son programme ne touchera pas. En revanche, il prévoit d’abroger l’ACA, ce qui pourrait avoir une incidence négative indirecte sur les ventes de médicaments (si le nombre d’assurés chute) et un impact négatif direct sur les hôpitaux et les assureurs.Combustibles fossiles: des points de vue opposésDe l’avis général, l'élection de Trump serait extrêmement favorable au secteur des combustibles fossiles. Les républicains considèrent en effet le développement des combustibles fossiles comme un élément fondamental de la croissance économique et Trump s’est engagé à supprimer l’Agence de Protection de l’Environnement, à soutenir l’industrie houillère et à rejeter l’accord de Paris sur le climat. Trump a également exprimé sa volonté d’achever l’oléoduc Keystone, et les dépenses d’infrastructures pour ce type de projet pourraient bénéficier aux sociétés de services et d'équipement.Par contre, si l'élection de Clinton est susceptible de nuire au charbon et aux combustibles fossiles, elle est considérée comme positive pour les énergies de substitution. Clinton a en effet exprimé récemment sa volonté de transformer les États-Unis en une «superpuissance» des énergies renouvelables.3Le parti démocrate cherche à supprimer les allègements fiscaux dont bénéficient les grandes compagnies pétrolières et gazières, tout en poursuivant les grandes initiatives du président Obama en matière de changement climatique.Les entreprises des secteurs des énergies éoliennes, solaire et hydroélectrique devraient bénéficier d’une victoire de Clinton, de même que celles qui prônent l’utilisation d’énergies propres.Hausse des dépenses budgétaires et d’infrastructureUn autre thème intéressant a émergé dans les programmes des deux candidats : l’idée d’une augmentation des dépenses et d’un moindre respect des restrictions budgétaires. La hausse des dépenses budgétaires pourrait fortement favoriser les investissements dans les domaines du transport et des infrastructures. La reconstruction des ponts et des routes aux États-Unis est un thème clé que les deux candidats à la présidence ont repris tout au long de la campagne.Clinton veut consacrer 275 milliards de dollars aux dépenses d’infrastructure au cours des cinq prochaines années, et 25 milliards supplémentaires à la création d’une banque d’investissement public. Trump a déclaré qu’il «doublerait» au moins ce montant. Il a également proposé l'émission d’obligations d’infrastructure et la création d’un fonds d’infrastructure dédié à la rénovation des ponts et à la construction de routes.Des deux côtés de Capitol Hill, on se déclare également favorable à une hausse des investissements en matière de transport. La tentative de négociation d’un accord majeur en matière d’infrastructures, menée par le président républicain de la Chambre des Représentants Paul Ryan et le sénateur démocrate Chuck Schumer, apporte de l’eau au moulin des deux candidats dans ce domaine.6Toute hausse des dépenses d’infrastructure pourrait s’avérer positive pour les fabricants de matériaux et les entreprises industrielles équipées pour mettre en œuvre des projets de travaux publics à grande échelle.»- Libby Cantrill, responsable de l’analyse des Politiques Publiques chez PIMCO (Les Echos, 18/10/2016)«Depuis les années 80, les marchés ont plutôt bien performé après les élections, excepté peut-être après celles de l’an 2000, mais ce n'était pas vraiment lié aux élections, mais au retournement des valeurs technologiques à Wall Street. Quoi qu’il en soit, c’est vrai que cette élection 2016 est assez inhabituelle.Si Hillary Clinton l’emporte et qu’elle se trouve avec un congrès divisé, ce sera un non-évènement pour les marchés car cette élection occasionnera un statuquo par rapport à la situation actuelle. Elle se retrouvera face à une chambre des représentants républicaine qui fonctionnera comme un garde-fou. C’est une situation confortable pour les marchés, et qui pourrait favoriser des compromis sur les investissements d’infrastructure ou les baisses d’impôts.Il y a des scénarios pour lesquels les marchés pourraient réagir différemment. Le premier évidemment serait celui d’une élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Certes, un certain nombre de ses propositions pourraient être positives pour l'économie américaine, notamment en ce qui concerne une réforme de l’impôt ou sa volonté d’augmenter les investissements d’infrastructure. Mais il y a tellement d’interrogations sur le genre de Président qu’il pourrait être, notamment sur sa capacité à gérer de nombreux problèmes économiques comme la question de l’immigration et du commerce extérieur. Il pourrait y avoir une réaction des marchés similaire à celle du Brexit, avec une vente massive des actifs risqués. Il y a alors une vraie interrogation pour les investisseurs : le marché rebondirait-il comme cela a été le cas après le Brexit ?L’autre scénario qui pourrait faire réagir les marchés serait celui d’une vague démocrate qui permettrait d’avoir une présidente démocrate avec une majorité dans les deux chambres. Car ce serait une surprise pour les marchés. Et les investisseurs pourraient s’inquiéter du fait qu’Hillary Clinton puisse avoir plus de liberté pour faire passer un programme plus progressiste sans avoir à se soucier du Congrès. Ce serait une surprise pour les marchés qui anticipent plutôt le fait que les républicains conservent la majorité à la Chambre».- Flash Marchés, Fidelity (octobre 2016) :«Beaucoup présument que le Parti républicain est plus favorable aux marchés/aux affaires que le Parti démocrate en raison de sa prise de position en faveur d’une baisse des impôts et d’une moindre intervention réglementaire. Toutefois le passé démontre que le marché actions américain s’est généralement mieux comporté sous les présidences démocrates :- Depuis 1929, le marché actions a signé une performance annuelle moyenne de 14,7 % lorsque des présidents démocrates étaient à la tête du pays, contre seulement 5,4 % durant les périodes placées sous une présidence républicaine.- Les performances des actions américaines ont été positives durant chaque présidence démocrate depuis 1929".- Laurent Gaetani, directeur général de Degroof Petercam Gestion :« Historiquement, les élections américaines sont rarement un enjeu majeur pour Wall Street et les marchés financiers en général (un excès de volatilité avant et un rapide retour à la normale après). Cette fois-ci, plusieurs facteurs montrent qu’il pourrait en être autrement. D’abord parce que le candidat républicain est pour le moins « atypique », non conventionnel. Deuxièmement, jamais depuis la seconde guerre mondiale, le niveau d’impopularité voire de rejet pour les deux candidats n’avait été aussi élevé. Enfin au niveau économique, de multiples défis attendent le prochain président : redynamiser une économie en fin de cycle, relancer l’investissement, stopper la dégradation des finances publiques […]. Cette élection est atypique, et si Donald Trump était élu, le choc d’incertitude risque d’être élevé et de nuire aux marchés (à court terme, au minimum). Donald Trump soutient des idées résolument protectionnistes qui, si elles étaient mises en application, seraient préjudiciables pour les entreprises fortement dépendantes de l’extérieur. »- Paul Jackson, directeur de la recherche chez Source :« Les actifs américains ont eu de bonnes performances récemment malgré l’écart qui se resserre entre Trump et Clinton dans les sondages. Cette incertitude politique pourrait-elle affecter les marchés financiers ? Nous avons remarqué que, de manière générale, les élections présidentielles ne font pas bouger de manière significative les marchés, ou ne changent pas les conditions de marché dominantes. Cette fois en revanche, les chances qu’un candidat populiste l’emporte ne sont pas négligeables. Nous restons prudents et maintenons notre sous-pondération sur les actions et les obligations d’Etat américaines."- Kristina Hooper, US Investment Strategist chez Allianz Global Investors :« Hillary Clinton reste globalement dans la ligne traditionnelle du parti démocrate en matière de dépenses publiques et de fiscalité, alors que sur le plan budgétaire Donald Trump n’est pas aussi conservateur que ne le serait un républicain classique. […] Quel que soit le vainqueur, il appartiendra au Congrès de décider des politiques à mettre en œuvre et la grande majorité des sièges est en jeu. […] Une victoire de Clinton pourrait entraîner une vente massive des actions de l’industrie pharmaceutique, du secteur des biotechnologies et, probablement, des services financiers, en supposant que son administration pourrait plus sévèrement réglementer ces industries. Une victoire de Trump pourrait entraîner une vente massive d’actions sur le court terme, une ruée vers l’or ainsi qu’une hausse du dollar. Les investisseurs pourraient vouloir se préparer à plus de volatilité en mettant davantage l’accent sur l’allocation d’actifs tactique et l’allocation sectorielle, ainsi que sur la protection à une baisse des marchés. Les investisseurs pourraient aussi vouloir prêter davantage d’attention à la réduction des risques et aux avantages de la diversification, deux atouts offerts par les investissements alternatifs. »- James Butterfill, responsable de la recherche et de la stratégie d’investissement chez ETF Securities :« Nous pensons que l’or pourrait bondir de 10% au cours des 12 prochains mois en cas de victoire de Donald Trump. L’or est perçu comme une protection contre l’incertitude politique et le Président Trump apportera plus d’imprévisibilité politique qu’aucun autre président depuis des générations. En revanche, l’or pourrait perdre jusqu’à 6% si Hillary Clinton devient la première femme président des Etats-Unis. Cependant, l’engagement des deux candidats en matière d’investissements massifs dans les infrastructures va augmenter le déficit public et l’inflation, deux éléments positifs pour les prix de l’or à long terme. »