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Cibler des résultats positifs à l’aide d’obligations labellisées ESG

J. Safra Sarasin
Pour ceux qui souhaitent cibler des résultats durables sur le marché obligataire, le segment des obligations labellisées ESG, qui connaît une croissance rapide, offre des opportunités attrayantes.
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Exclusions, intégration, contribution: évolution des critères

À ses débuts, l’investissement durable consistait principalement à exclure certaines entreprises et activités (p.ex. tabac, charbon) de l’univers éligible à l’investissement. Il a ensuite évolué vers l’intégration des facteurs ESG dans le processus d’investissement, et vers l’apport d’une contribution, à savoir la production d’un impact positif pour la société et la planète, en sus des performances financières.

Au sein de la Banque J. Safra Sarasin, forts de plus de trente ans d’expérience dans la durabilité, nous avons mis au point une méthodologie ESG exclusive qui incorpore les exclusions, l’intégration des facteurs ESG et la contribution aux résultats positifs dans l’ensemble du processus d’investissement. Cependant, dans le cas des investissements obligataires, obtenir des résultats positifs s’avère plus difficile. Contrairement aux actionnaires, les investisseurs obligataires ne détiennent généralement pas de titres de propriété dans l’entreprise et ont donc très peu d’occasions d’influer sur les pratiques de durabilité via l’exercice du droit de vote ou l’engagement du dialogue. Or, les investissements obligataires sont incontournables dans la mesure où la classe d’actifs représente environ 50%[1] (en termes de capitalisation) des financements de la planète. En d’autres termes, les marchés obligataires peuvent jouer un rôle nettement plus important que les actions pour canaliser les flux de capitaux aux fins de la réalisation des objectifs de développement durable des Nations Unies.

Obligations vertes, sociales, durables, liées au développement durable: quelles différences?

L’introduction de nouveaux instruments innovants, répondant aux besoins d’investisseurs souhaitant contribuer aux objectifs de durabilité, a permis d’élargir les possibilités de répondre aux enjeux ESG via l’investissement obligataire. Ces titres, que l’on désigne généralement sous l’appellation obligations labellisées, peuvent être classés en quatre catégories: obligations vertes, sociales, durables et liées au développement durable.

Les obligations labellisées vertes, sociales et durables restreignent généralement l’utilisation du produit de l’émission au financement de projets verts ou sociaux ou de projets combinant les deux critères. Les obligations liées au développement durable, quant à elles, imposent aux émetteurs d’atteindre certains objectifs ESG (p.ex. objectif de réduction des émissions de carbone de scope 1 et 2). Lorsque les émetteurs ne parviennent pas à atteindre ces objectifs, le coupon de l’obligation augmente (voir Tableau 1).

Tableau 1: Répartition des obligations labellisées

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Le marché des obligations labellisées reste dominé par les obligations vertes (Graphique 2). Cependant, les obligations sociales ont suscité un intérêt croissant pendant la crise sanitaire, les États en ayant émis des montants importants afin d’amortir l’impact de la pandémie. Dans le même temps, les obligations liées au développement durable – catégorie la plus récente d’obligations labellisées - sont montées en puissance au cours des deux dernières années car elles offrent de la souplesse quant aux modalités d’utilisation du produit.

Le succès croissant des obligations labellisées reflète la demande d’investissements durables

Depuis 2014, le marché des obligations labellisées a enregistré une forte croissance reflétant la hausse de la demande d’investissements durables. Les émissions ont plus que triplé d’une année sur l’autre, atteignant le niveau record de 461 milliards USD émis en 2021. Ce montant est légèrement retombé en 2022, mais les perspectives de croissance du marché restent prometteuses.

Graphique 1: Le marché des obligations labellisées reste sur une tendance de croissance

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Source: Barclays, Banque J. Safra Sarasin, 30.01.2023

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Le développement et la croissance des obligations labellisées au cours des dernières années ont représenté une évolution très importante pour les investisseurs obligataires conscients des enjeux du développement durable. Ces instruments permettent aux investisseurs de contribuer à divers objectifs sociaux ou environnementaux, selon leur convenance. En outre, nombre d’enjeux de durabilité sont souvent indissociables, d’où l’intérêt pour les investisseurs de pouvoir contribuer à divers objectifs. Ainsi, limiter le changement climatique est quasi impossible si nous négligeons la cohésion sociale.

Un marché encore naissant

Bien que le marché des obligations labellisées ait connu un véritable essor au cours des sept dernières années, il ne représente encore qu’un petit segment du marché global des titres à revenu fixe. Actuellement, les obligations labellisées ne représentent que 2 % des obligations de l’univers global (figure 2). Toutefois, les changements réglementaires, tels que le règlement de l’UE sur la divulgation des informations financières durables (SFDR) et la réglementation comparable du Royaume-Uni, devraient stimuler la croissance de ce marché.

Graphique 2: Répartition du marché des obligations labellisées par catégorie

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Source: Bloomberg, Banque J. Safra Sarasin, 30.01.2023

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Les primes des obligations labellisées augmentent lors des phases d’aversion au risque

Si elles représentent un excellent moyen pour les investisseurs de contribuer positivement à la société, les obligations labellisées sont également source de valeur ajoutée sous l’angle de la gestion de portefeuille. La raison en est que le spread ou la prime entre une obligation labellisée et une obligation non-labellisée du même émetteur tend à varier au fil du temps. En fait, la prime des obligations labellisées tend à croître lors des phases d’aversion au risque et à diminuer, voire à se muer en décote, lors des phases d’appétit pour le risque. Ainsi, lors de la phase d’aversion pour le risque du T3 2022, durant laquelle les marchés prévoyaient un durcissement de la rhétorique des banques centrales, les obligations labellisées ont nettement surperformé leurs homologues non-labellisées (cf. Graphique 5). En revanche, au début 2023, lorsque les marchés anticipaient un changement de cap des banques centrales en raison des signes de recul de l’inflation, les obligations non-labellisées ont nettement surperformé les émissions labellisées.

Graphique 3: Les obligations vertes surperforment lors des phases de turbulences

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Une gestion active est nécessaire pour garantir la performance tout au long des cycles

Ce phénomène dépend de la différence de types d’investisseurs entre les deux catégories d’obligations. Les obligations labellisées sont davantage présentes dans des portefeuilles de titres détenus jusqu’à l’échéance, ce qui contribue à soutenir leurs valorisations lors de ces phases d’aversion au risque. Cette caractéristique est extrêmement intéressante pour les investisseurs, dans la mesure où le rapport entre le surcroît de rendement d’une obligation et sa volatilité (à savoir le ratio de Sharpe) pourrait être meilleur dans le cas des obligations labellisées que dans celui des obligations non-labellisées. Du point de vue de la gestion de portefeuille, inclure des obligations labellisées dans les portefeuilles peut contribuer à soutenir la performance globale. Il importe néanmoins de prendre ce facteur en compte dans la duration ou l’allocation au risque de crédit du portefeuille. C’est pourquoi, une gestion active est nécessaire pour assurer une performance relative positive tout au long des différentes phases du marché.

Auteur: Florian Weber

[1] SIFMA Capital Markets Fact Book, 2022

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