«Il faut affronter la complexité des normes comptables», a lancé le 11 juillet à Paris Gérard Rameix, président de l’Autorité des marchés financiers, à l’occasion du Forum international Paris Europlace. «Il n’y a pas de formule magique dans un environnement très mouvant avec des exigences très différentes de la part des différents lecteurs des normes comptables», a estimé Gérard Rameix qui tentait ainsi de répondre, une fois de plus, aux critiques souvent entendues sur la complexité des normes comptables internationales dans le cadre d’un atelier sur l'évolution de la communication financière au cours des dernières années qui n’appelait pas forcément à une attention particulière sur l’IASB et ses œuvres.Pascal Imbert, cofondateur de Wavestone, a été particulièrement critique à l'égard de l’organisme concepteur des normes comptables internationales. «L’investisseur individuel ne s’y retrouve pas. Les normes IFRS qui privilégient la juste valeur ne prennent pas assez en compte la création de valeur à long terme de l’entreprise. XBRL constitue une distorsion supplémentaire en faveur des investisseurs professionnels», a ainsi déclaré le président du directoire de Wavestone. «Je ne vois pas trop comment apprécier la valeur d’un projet avec les normes comptables. Il ne faut pas tout attendre de la comptabilité. Mais il existe de très bons indicateurs pour cela, le bon vieux tiroir-caisse, le cash flow, et puis également la stratégie et la valeur du management», a tempéré Romain Boscher, responsable mondial actions et membre du directoire d’Amundi. «Les IFRS ont profondément modifié la présentation des comptes. C’est un progrès mais au prix d’une complexité, dont la beauté intellectuelle est indéniable mais qui peut donner lieu à des différences totalement en dehors de la réalité», a indiqué pour sa part Hervé Philippe, directeur financier et membre du directoire de Vivendi. Pour justement donner une vision plus en accord avec la réalité, les entreprises ont parfois recours à des indicateurs alternatifs, comme par exemple les indicateurs alternatifs de performance. «Ces indicateurs sont dangereux. Cette comptabilité d’opportunité peut brouiller l’image que l’entreprise souhaite donner d’elle-même», a averti Gérard Rameix qui ajoute que l’IASB devrait travailler à l’intégration de certains de ces indicateurs. Au-delà de ces critiques souvent entendues sur les normes comptables, les intervenants ont tout de même estimé que la communication financière dans son ensemble était sortie du Moyen-Âge pour entrer dans une période où elle est omniprésente. «La communication financière porte mal son nom car elle est devenue intégrée. La communication financière n’est plus bilatérale mais multilatérale et permanente», a estimé Romain Boscher. Le responsable relève en outre que la politique d’engagement d’Amundi, c’est-à-dire le dialogue très en amont avec les entreprises a permis d’observer ces dernières années une très légère baisse des résolutions rejetées par la société de gestion en assemblée générale. Gérard Rameix a pour sa part mis en garde contre la tendance au juridisme aux dépens de la lisibilité des états financiers. Romain Boscher a déploré le déclin de l’actionnariat individuel mais relevé un renversement de tendance encourageant avec le développement de l’actionnariat salarié. Il a aussi appelé de ses vœux une voie d’accès plus facile aux entreprises moyennes qui, avec l’essor du private equity, vont pouvoir accéder en Bourse...