De son bureau donnant sur une cour de récréation, Virginie Le Mée, directrice des risques et du contrôle permanent chez la MACIF, observe une dizaine d’écoliers s’initier au roller, avec casque, coudières et genouillères. Une prise de risque bien délimitée pour ces enfants qui fait écho à son tempérament énergique. « J’aime escalader des montagnes et descendre des pistes noires, mais j’ai toujours un Jiminy Cricket qui me dit quand je vais trop loin », résume-t-elle. En quête perpétuelle de nouveauté et de challenge, cette passionnée des enjeux de Solvabilité II s’est efforcée depuis le début de sa carrière à ne jamais succomber au confort de postes qui pouvaient sembler inamovibles. Originaire de Corse, Virginie monte au milieu des années 80 sur Paris pour suivre ses études d’économie à Panthéon-Assas. Avec une envie initiale de réaliser une carrière en banque, la néo-parisienne découvre à Paris II les grands penseurs de l’économie, comme Friedman et Keynes, qu’elle cite spontanément en repensant à ses heures passées en amphi. « J’avais d’abord été intéressée par l’économie via son côté social. Mais c’est à la fac que j’ai découvert l’économie sous l’angle mathématique, et j’ai adoré », relate-t-elle avec un grand sourire. Elle conclut classiquement son parcours universitaire par le DEA de monnaie-banque-finance. Vingt premières années variées chez l’UAP et AXA Virginie intègre l’Union des assurances de Paris (UAP), qui est alors le numéro 3 français de l’assurance, dans le cadre de son stage de fin d’études, en 1991. Elle y restera vingt ans. Elle prend ses marques au sein du département d’études économiques, puis rejoint en 1995 la direction technique pour couvrir les problématiques d’assurance-vie. Elle poursuit en parallèle une formation au Centre d’études actuarielles pour parfaire ses connaissances. En 1997, l’UAP est rachetée par AXA, ce qui donne naissance au premier groupe mondial d’assurance. Pour Virginie, cette intégration au groupe de Claude Bébéar va accélérer sa progression professionnelle. Outre du départ de certains cadres, elle profite de la politique de développement des compétences menée par AXA auprès des jeunes « à haut potentiel ». Les nouveaux dirigeants souhaitent confier la continuité opérationnelle du département de l’assurance-vie à un salarié d’UAP et nomment Virginie à sa tête. « Nous disposions d’une large gamme de produits en assurance-vie et AXA avait besoin de quelqu’un qui les maîtrise bien », explique-t-elle modestement. Avec 220 milliards de francs de provisions mathématiques au moment du rachat, l’assurance-vie constitue alors un actif stratégique pour le repreneur. Elle conduit entre autres la réforme technique et informatique des produits vie, avant de constituer les contrats sur mesure. Au début des années 2000, les produits sont entièrement intégrés à l’offre AXA, et la page UAP est définitivement tournée en interne. La trentenaire se voit confier une nouvelle mission, la gestion de projets dans le cadre d’une réorientation stratégique du groupe. « Comme je connaissais bien la gestion clientèle, et qu’AXA désirait changer son approche client, j’ai pris en charge la redéfinition de la relation client », explique-t-elle. Après s’être attelée au segment retail, elle poursuit par les assurances collectives, ce qui lui permet d’explorer les marchés de la retraite, de la prévoyance, de la santé, de l’assurance emprunteurs, et des associations. En 2007, Virginie a des envies de changement, et réfléchit avec sa hiérarchie à un poste qui la challengerait. On lui propose de prendre la direction de l’audit interne à l’international chez Axa Assistance. Bingo ! L’intrépide accepte et se transforme en globe trotteuse. Pendant plus de trois ans, elle parcourt le monde afin de construire et implémenter équipes et processus de contrôle interne pour 32 filiales réparties dans plus de 60 pays. « J’ai découvert de nombreuses cultures, et compris que des modèles de travail différents pouvaient s’avérer chacun efficaces », retient-elle. Forte de son expérience internationale, et de sa connaissance des différentes entités de la structure, Virginie prend en main la direction des risques et de l’actuariat d’AXA Assistance en 2010, alors que la réglementation Solvabilité II pointe en Europe le bout de son nez. Elle n’aura cependant pas le temps de terminer la mise en place des nouveaux outils. Avec des fourmis dans les jambes, et le souhait de ne pas se reposer sur une carrière tracée chez AXA, elle sonde le marché de l’emploi parisien et quitte son unique employeur en 2011, après vingt années de collaboration. Représentante du mutualisme au cœur des débats sur Solvabilité II « Je me suis posée beaucoup de questions à ce moment-là. Mais si je restais chez AXA, il m’aurait ensuite été difficile de partir », confie Virginie. A 45 ans, dont 20 passés chez Axa, elle rejoint la MACSF pour prendre la direction du risque, et organiser la conformation à « Solva II ». Ce fut pour elle une rupture totale avec son parcours. « J’ai mesuré de vraies différences entre d’une part une société anonyme capitalistique, et d’autre part une mutuelle au modèle franco-français, analyse-t-elle. Et je ne saurais dire quel modèle est le plus efficace. Certes, une entreprise ne peut fonctionner sans être rentable, mais les mutuelles savent être efficientes sans vouloir être le mieux rentables. De même, les équipes y travaillent avec moins de pression ». Un environnement qui lui a permis de mettre en place un nouvel outil de contrôle permanent de manière autonome, une liberté d’action qu’elle chérit. Dès son arrivée, face à une feuille blanche en matière de conformité à Solvabilité II, Virginie explore en dehors de son entreprise ce qui se fait, et se rapproche de ses confrères mutualistes et assureurs afin de partager les expériences. « Je me suis constituée à ce moment-là un réseau d’experts sur la gestion du risque sur la Place et nous nous sommes mutuellement enrichis. Nous en étions tous au même stade de réflexion », évoque-t-elle. Elle intègre tour à tour le Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (GEMA), la Réunion des organismes d’assurance mutuelle (ROAM), le Club Ampère, est nommée administratrice de l’Institut des actuaires, et prend en main la rédaction du chapitre « gouvernance » du livre blanc « Gestion des risques: Le nouveau visage de l’assurance », édité en 2015 par Finance Innovation. A la faveur du rapprochement entre la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA) et la GEMA qui forment aujourd’hui la Fédération française de l’assurance (FFA), Virginie est élue au début de l’année 2016 présidente de la commission de l’analyse du risque, dont les travaux ont débuté l’été de la même année. « Toutes les familles professionnelles sont à bord et il y a une belle représentativité des sociétés de la Place, constate-t-elle. Notre objectif est d’alimenter le bureau exécutif de réflexions pertinentes pour nourrir ensuite le débat public ». Une transmission du savoir en MBA … et sur Twitter Ayant atteint ses objectifs à la MACSF, Virginie a pris, en novembre 2016, les commandes de la direction des risques et du contrôle permanent de la MACIF. Un nouveau challenge qui lui donne une nouvelle dimension. Elle passe ainsi de 1500 à près de 10 000 collaborateurs, et de 2 millions à 5 millions de clients. Les encours sous gestions sont, quant à eux, sensiblement similaires : autour de 30 milliards d’euros. « Solva II a été implantée de manière hétérogène au sein de chaque entité de la MACIF. J’ai pour objectif d’installer la gestion des risques dans la perspective de la constitution du groupe en Sgam pour le 1er janvier 2018 », détaille la nouvelle directrice. Pour ce faire, Virginie a déjà relancé le plan de contrôle interne et compte faire grossir son équipe de 50%. Ayant acquis une légitimité indéniable sur Solvabilité II, Virginie a été approchée pour prendre en charge le module afférent au sein du MBA de management du risque du Pôle Universitaire Léonard de Vinci. Elle a donc rendez-vous tous les mardis de 17 heures à 20 heures à l’Arche de la Défense. Mais les élèves ne doivent cependant pas s’attendre à un cours magistral ennuyeux composé uniquement de théories. Son expérience d’ancienne chargée de travaux dirigés (TD) à Assas lui fait choisir la voie de l’illustration et du concret. « Lors de mon premier cours de TD, qui portait sur les espaces à n-dimensions, je voyais mes élèves désorientés par ce concept. J’ai donc axé ma pédagogie sur l’image. L’absence de cas pratiques dans notre enseignement est un problème », explique celle qui admet ne pas avoir aimé, pour cette raison, l’école. Plus favorable au partage d’idées et à l’échange d’informations de manière horizontale, Virginie a trouvé dans Tweeter un outil d’apprentissage et de transmission plus adapté à sa personnalité indépendante. Et si @LeMeeVirginie avait quelque peu réduit le rythme de publication de ses messages en 140 caractères ces derniers mois, prenant ses marques à la MACIF, la twitto renoue en ce début d’année avec les retweets et les hashtags pour le plus grand bonheur de ses 850 abonnés. Lorsqu’elle trouve du temps pour souffler, Virginie met naturellement le cap vers son Île de beauté, qu’elle aime arpenter, de préférence sur des chemins escarpés, à la recherche de torrents de montagne et autres lacs en altitude. Cependant, en hivers, vous aurez plus de chances de la croiser à ski du côté de Combloux, Tignes ou Avoriaz. De préférence hors des sentiers balisés. Comme un pied de nez aux règles et mesures qu’elle impose le reste de l’année. Jean-Loup Thiébaut